
Bien débuter avec Monero (1) : introduction et concepts
Parler de Monero sur un blog dédié principalement à Bitcoin, çà pourrait sembler étrange… Mais les raisons qui nous ont mené à Bitcoin se retrouvent dans les fondamentaux de Monero. Le but ici est de poser le débat et d’expliquer les bases techniques de Monero, avant d’aborder les premières manipulations pratiques dans un prochain article…
Le débat fait rage entre les inconditionnels de Bitcoin et de Monero (XMR) sur la question de savoir laquelle de ces deux cryptomonnaies est la meilleure candidate à une adoption de masse. Quoiqu’il en soit, il semble intéressant de faire un point sur cette crypto afin que chacun se fasse son opinion…
Satoshi Nakamoto a créé Bitcoin pour offrir une alternative décentralisée aux systèmes financiers traditionnels, basée sur une monnaie numérique pair-à-pair. L’objectif principal était de permettre des transactions sécurisées sans avoir besoin de tiers de confiance comme les banques, en utilisant la technologie blockchain pour garantir l’intégrité des échanges. Nakamoto voulait également contrer l’inflation des monnaies fiduciaires en limitant l’offre de bitcoins à 21 millions. Le projet visait à offrir plus de liberté financière tout en résistant à la censure et au contrôle centralisé.
A ce jour, la reine des cryptomonnaies a partiellement atteint ces objectifs. Le système est réellement décentralisé et il est désormais perçu comme une réserve de valeur grâce à son offre limitée, une vraie réussite. Cependant, son adoption en tant que monnaie d’échange est freinée par sa volatilité, que ce soit celle de son cours ou celle des frais de transactions (on a vu les frais osciller cette année entre 2 et 600 satoshis par vbyte pendant la frénésie des ordinals !).
Plus fondamentalement, on assiste à une tentative des institutions financières, principalement américaines, à vouloir s’approprier Bitcoin. Tout d’abord avec les ETF, ceux de Blackrock principalement. Il faut reconnaître que l’augmentation des cours de 2024 est en grande partie due à cet ETF… Ce qui fait que le cours, dans un sens ou dans l’autre, est en grande partie aux mains de spéculateurs, à des options qui expirent à telle date par exemple…
D’autre part, on connaît les plans du G7 pour s’accaparer le réseau bitcoin par une attaque à 51%, ou du candidat Trump de miner tous les bitcoins aux Etats-Unis, ou encore le fait qu’un étalon Bitcoin / Dollar peut être contreproductif et va en tout cas à l’encontre de l’objectif initial de bitcoin qui est de se passer des banques centrales et non pas d’en être une caution !
Face à ces menaces, Bitcoin reste remarquablement résilient. Mais cela incite certains à chercher des alternatives, par mesure de sécurité et histoire de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier…
Principes de Monero
La caractéristique majeure de Monero est de permettre une confidentialité accrue des transactions, en rendant impossible de retracer l’origine ou la destination des fonds. Cela en fait un choix privilégié pour ceux qui souhaitent préserver leur anonymat.

Ensuite, toutes les unités de Monero sont considérées comme égales. Cette fongibilité signifie qu’il n’est pas possible de marquer ou de suivre spécifiquement une unité Monero, ce qui renforce sa nature de monnaie anonyme. En comparaison, il est possible pour des entités ou des marchands d’exclure des bitcoins associés à des transactions indésirables…
Egalement, toute transaction est publique sur le réseau Bitcoin alors qu’elle est privée par défaut sur Monero, sans qu’il y ait besoin de manipulations supplémentaires comme les mixeurs de coins. Il est plus difficile voire impossible pour les gouvernements ou les institutions financières de bloquer ou de suivre les transactions Monero.
Il faut cependant préciser qu’avec son layer 2, Lightning Network, Bitcoin offre une confidentialité encore plus grande, mais avec les contraintes inhérentes à Lightning…
Les limites de Monero par rapport à Bitcoin
Bitcoin est la cryptomonnaie la plus reconnue, la plus adoptée et la plus acceptée par les commerçants. Son statut de « premier entrant » en fait la norme pour beaucoup de transactions et d’investissements. Par contre, Monero est moins adopté que Bitcoin. Il est pris en charge par moins de plateformes d’échange et de services. En raison de son association avec l’anonymat, Monero a parfois été utilisé à des fins illicites. Cette réputation peut dissuader certains utilisateurs potentiels.
D’autre part, la confidentialité accrue de Monero implique un coût en terme de complexité : les transactions Monero consomment plus de ressources que les transactions Bitcoin.
Détaillons à présent les aspects techniques…
Signatures en anneau
Les signatures en anneau (ring signature) permettent de dissimuler l’expéditeur de la transaction parmi un groupe d’autres expéditeurs possibles. Voici comment cela fonctionne :
- Lorsqu’une transaction est initiée, Monero combine l’adresse de l’expéditeur avec plusieurs autres adresses issues de la blockchain (appelées « leurres »).
- Le réseau voit une transaction provenant de l’un des participants à l’anneau, mais ne peut pas savoir lequel est l’expéditeur réel.
- Cela rend impossible de lier une transaction à une adresse ou à une identité spécifique.
Les signatures en anneau sont dynamiques dans Monero, c’est-à-dire que le nombre de « leurres » utilisés peut varier, bien que les versions actuelles imposent un minimum pour garantir une confidentialité de base.

Adresses furtives
Les adresses furtives (stealth addresses) permettent de masquer le destinataire d’une transaction. Lorsqu’un utilisateur envoie des Monero à une autre personne :
- Une adresse unique et aléatoire est générée pour chaque transaction, basée sur la clé publique du destinataire.
- Bien que cette adresse soit unique et ne soit utilisée que pour une seule transaction, seul le destinataire (grâce à sa clé privée) peut accéder aux fonds envoyés à cette adresse.
- Cela empêche quiconque, sauf le destinataire, de savoir que ces fonds lui ont été envoyés.
Les adresses furtives garantissent que l’historique de réception d’un utilisateur reste privé, empêchant ainsi toute analyse d’adresse liée.
Transactions confidentielles par anneau
Les transactions confidentielles par anneau (RingCT) masquent les montants envoyés dans chaque transaction. Cela fonctionne de la manière suivante :
- Le montant réel d’une transaction est chiffré dans un champ spécial de la transaction, accessible uniquement par les parties concernées.
- Une preuve cryptographique (zero-knowledge proof) permet de prouver que la somme des montants de sortie est égale à celle des entrées (assurant ainsi que personne ne crée de Monero à partir de rien) sans révéler les montants eux-mêmes.
Introduit en 2017, RingCT rend Monero encore plus privé en dissimulant non seulement les adresses, mais aussi les montants transférés.
Décentralisation améliorée grâce aux Bulletproofs
Monero a introduit une version optimisée des transactions confidentielles par anneau appelée Bulletproofs, qui permet de réduire considérablement la taille des transactions et d’améliorer leur efficacité. Les preuves de confidentialité RingCT (qui masquent les montants des transactions) sont maintenant remplacées par des preuves plus compactes appelées Bulletproofs.
Cela permet de réduire la taille des transactions Monero d’environ 80 %, diminuant ainsi les frais de transaction et améliorant l’efficacité du réseau.
Taille des blocs dynamique
Monero utilise un mécanisme de taille de bloc dynamique plutôt qu’une taille fixe comme Bitcoin. La taille du bloc (dont la fréquence moyenne est de 2 minutes) peut augmenter ou diminuer en fonction de la demande du réseau. Cela permet au réseau d’absorber une augmentation soudaine des transactions sans retarder leur confirmation, contrairement à Bitcoin où les frais augmentent lorsque les blocs atteignent leur limite. Mais cela peut rendre le réseau plus vulnérable aux attaques par saturation, où un grand nombre de petites transactions sont envoyées pour gonfler la taille des blocs et surcharger le réseau.
Minage avec l’algorithme RandomX
Monero utilise l’algorithme de minage de preuve de travail RandomX, conçu pour être résistant aux ASICs (circuits intégrés spécifiques à une application). Contrairement à Bitcoin, où le minage est dominé par des machines spécialisées coûteuses, RandomX favorise le minage avec des processeurs (CPUs) ordinaires. RandomX consomme beaucoup de mémoire et d’opérations aléatoires, ce qui le rend peu efficace sur du matériel ASIC et des GPU mais performant sur des processeurs conventionnels.
Le hashrate de Monero est actuellement ridiculement faible par rapport à celui de Bitcoin. Mais cet algorithme assure une meilleure décentralisation du minage, car ce dernier n’est plus aux mains de grosses entités et plus de personnes peuvent participer avec du matériel classique.
Voila posés les principes de base de Monero. On se retrouve dans un prochain article qui détaillera les manipulations avec les wallets, les explorateurs de blockchain et les spécificités pratiques induites par les particularités de Monero.